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[Rp] Le cri du Goéland

 
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La Renarde
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MessagePosté le: Jeu 14 Juin - 10:08 (2012)    Sujet du message: [Rp] Le cri du Goéland Répondre en citant

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Le Colombier, théâtre de pierre des amours des pigeons et autres bestioles emplumées, était une charmante construction pour ces nichées d'oiseaux messagers. Il abritait une petite cinquantaine de couples qui roucoulaient toute la sainte journée quand ils n'étaient pas charger de l'importante mission d'apporter des messages d'un point à un autre. Dans cette trouée de verdure jouxtant la forêt et non loin du château, le spectacle semblait idyllique si on omettait les fientes des volatiles qui jonchaient le sol.


Ce matin là une légère brise agitait mollement le feuillage des chênes millénaires et le pépiement des oiseaux aurait pu ravir l'oreille du meilleur virtuose. Le soleil était encore timide dans le ciel et rougissait d'un plaisir retenu, tandis que la brume matinale déposait les dernières gouttes de rosée sur les feuilles délicates des fleurs.


En provenance de Rieux, un goéland aux ailes cendrées et au plumage immaculé fit son apparition, étranger au reste des oiseaux du genre "columbidae". Il replia ses larges ailes sur un promontoire de pierre et pleura, c'était là son signal, celui de tous les goélands. Son cri était rauque et il effraya une bonne partie des pigeons présents. La tête vive, l'oiseau au regard transparent cerclé de rouge jetait de bref coup d'oeil de ci, de là, aux aguets. Il laissa entendre une nouvelle fois sa plainte,  ce qui eut pour effet de faire taire quelques instants le piaillement des oiseaux des alentours. Nul n'aurait su ignorer en cet instant à qui appartenait cet oiseau, si tant est que l'on puisse dire qu'un homme puisse être maître d'un tel animal. A sa patte palmée, un message soigneusement attaché.

Le contenu de celui-ci, en revanche, tranchait avec le cadre quasi parfait du lieu. L'écriture était un peu abrupte par moment, féminine et autoritaire, faite de liés et de déliés. La main qui avait tracée ces mots devant avoir un poignet malgré tout souple et vif. Sans être exubérante, cette écriture n'était pas minuscule et occupait l'espace du vélin de manière équilibrée.




Citation:
Au Duc d'Ouessant, Grand Sage de Kerdraon, notre époux De la Duchesse de Poudouvre, Lallie ap Maëlweg de Kerdraon
Mon Cher Duc,

Je vous informe que nous sommes arrivés sans encombre en la cité de Rieux.

Nous n'y resterons sans doute pas plus de la journée et repartirons probablement en fin d'après-midi avant que la nuit ne tombe.

Comme je me le figurais, la cité est déserte, mais le marché tient ses promesses et je puis me sustenter en fruits toute à ma guise.

Votre bien dévouée épouse.

L.

Fait le 14 juin à Reoz

+ sceau (mais j'ai la flemme de le mettre).









Le message était sec et formel, sans que ne transparaisse une quelconque émotion qui trahirait l'état d'esprit de l'auteur. La tournure des phrases était simple et courte, le fond peu loquace.
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MessagePosté le: Jeu 14 Juin - 16:43 (2012)    Sujet du message: [Rp] Le cri du Goéland Répondre en citant

C'est plus l'envolée sauvage et désordonnée des pigeons que le cri du Goëland qui attira l'attention. Plusieurs fois depuis le matin le Duc avait fait l'aller et retour du château au colombier, espérant trouver un message en provenance de Rieux. A chaque fois il avait inventé des excuses pour justifier ces allées et venues, sans que cela ne trompe personne. Son secrétaire acquiesça à chaque fois, souriant sous cape. La vieille Brivael observait le manège de loin et se gaussait depuis les cuisines.

Aussi ce brusque envol de dizaines de pigeons ne manqua pas d'attirer l'attention de tout le monde. Et pour le Duc ça ne pouvait signifier qu'une chose. Ni une ni deux il abandonna les quelques parchemins qu'il tentait en vain d'étudier depuis le matin et se précipita vers le bois.

- Je vais voir ce qui se passe, je reviens!
- Oui oui... faites...

Fut-il réellement surpris face au goëland? Oui et non. Oui car on ne saurait s'attendre à pareil volatile pour délivrer un message. Non car il s'agissait de Lallie. Lallie qui ne faisait rien comme personne et savait en toute circonstance montrer sa différence. Aussi la seule chose qui traversa l'esprit du Duc lorsqu'il fit face c'est la certitude absolue que cet étrange messager lui amenait la lettre tant attendue.

Aucun doute là dessus, à tel point que la confirmation de sa certitude ne lui arracha rien d'autre qu'un petit sourire. Fébrile il décacheta le message et prit connaissance de la missive. Et aussitôt son sourire disparu, pour laisser place à une moue, mi figue mi raisin. A mi chemin entre satisfaction de l'arrivée d'une missive et déception du caractère impersonnel de celle-ci.

Son esprit sembla peser le pour et le contre un moment, puis parvenant à une décision, décida que la joie d'une réponse l'emportait sur le contenu de celle-ci. Après l'énième altercation de la veille, l'arrivée d'un message était en soit une bonne nouvelle. Et comme disait souvent sa mère: "à l'écrit on a pas le ton". Il était donc impossible de tenter d'interpréter ou deviner l'humeur de la personne ayant grifonné ces quelques lignes sur le velin.

Retournant au château, il prit soin d'apporter réponse à la missive sans attendre.


Citation:
Ma tendre épouse

Je ne pensais pas que la distance physique entre nous se traduirait par une distance épistolaire identique. Laquelle distance dans tes mots rendrait pâle de jalousie un courrier diplomatique froid et solennel.

Je suis en tout cas bien heureux de savoir que tu es bien arrivée à Rieux. Brelez n'a rien à envier à la cité rillette aujourd'hui, les tavernes sont désertes, le marché morose. Quoique je ne suis peut-être pas totalement objectif dans cette constatation, ton absence suffit à me faire trouver le bourg triste et sans saveur. Je n'ai d'ailleurs aucune envie de sortir. L'abbaye de Daoulas qui se situe à Ar Relec'h-Kerhuon, au sud du duché à l'est de Brest souhaitait ma présence à une fête qu'ils organisent, j'ai finalement décliné et j'enverrai Trilo me représenter. Je sais que leur but était de toute façon de m'extorquer de l'argent pour leur maladrerie.

Mais j'arrête là ces menus détails de la vie d'Ouessant dont tu n'as cure sûrement.

Les enfants vont bien. Quoique je ne vois que peu Tualenn ces derniers jours. Elle passe sa vie enfermée au collège d'armes quand ce n'est pas dans les livres de compte du Duché. Maël et Morwenna réclament déjà après toi. Quant aux jumeaux ils ont toujours autant de poumons et épuisent les nourrices.

Voilà les quelques nouvelles d'ici. Et vous? Où allez vous? Quelle route allez-vous emprunter pour quitter la Bretagne? Evitez la Normandie et le Maine c'est brûlant là bas. De même que Toulouse où il semble que des brigands sèment le trouble... Rappelle bien à Niark qu'il doit veiller sur toi et que filleul ou pas, je l'étriperai de mes mains s'il t'arrive quoique ce soit.

Je te laisse là pour l'heure. Sache que tu me manques déjà.

Je t'embrasse

GS

PS: je t'aime.


Le goëland repartit presque aussitôt, permettant au bois du colombier de retrouver sa quiétude habituelle et le Duc son ennui en l'absence de son épouse.
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La Renarde
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MessagePosté le: Ven 15 Juin - 14:04 (2012)    Sujet du message: [Rp] Le cri du Goéland Répondre en citant

Comme elle l'avait signalé dans sa lettre précédente, le convoi avait quitté Rieux le jour même. Elle ne s'y était bien entendu que peu amusé, voire pas du tout, et cet ennui profond renforçait son sentiment de colère à l'encontre de son époux. Si elle était partie c'était sa faute, si elle en était là c'était sa faute.

Elle avait lu sa lettre avec le plus profonde affliction, il conversait joyeusement comme si la veille de son départ n'avait jamais eu lieu. Qu'elle joue les indifférentes et les distantes était une chose, c'était son droit, sa légitimité. Mais que lui ose user...abuser du même procédé était tout bonnement révoltant. Pas une excuse, pas un remord ni l'esquisse d'un regret. Il était aussi sec que la terre la plus aride. En cette instant une image fort peu charitable lui vint en tête. Elle voulu le rouer de coup jusqu'à ce qu'il demande grâce. Lui faire aussi mal que ce qu'il pouvait lui faire avec ce qu'il appelait maladresse et qu'elle considérait comme un manque d'attention crasse. Le peu d'intérêt qu'elle pouvait bien lui inspirer était forcément à l'origine de cette soit disante maladresse bien confortable derrière laquelle il se cachait systématiquement lorsqu'elle lui faisait un reproche. Comme expliquer cela autrement ? Comment expliquer qu'il multiplie à une vitesse aussi impressionnante les erreurs de tact à son endroit ? Forcément c'est qu'il ne la considérait pas et qu'il s'en fichait même éperdument.

Elle avait d'abord déchirée la lettre en petits morceaux avant de la jeter au feu, résolue à ne plus écrire de tout le voyage. Puis, elle s'apaisa après réflexion et choisi de lui répondre. Elle ferait succinct comme la première fois.
Alors qu'une servante qu'elle avait daigner emmener avec elle, lui attachait les cheveux dans un filet avant de lui enfoncer une perruque blonde sur le sommet du crâne, elle prit son nécessaire à écrire.

Réfléchissant à la formulation de ses phrases, elle suçotait le bout de la plume le regard vers le plafond de l'auberge qu'ils occupaient sur la route de Nantes. Puis, soudainement inspiré elle traça ces premiers mots :





Citation:
De nous, Lallie ap Maëlweg de Kerdraon, Duchesse de PoudouvreA vous, Grand Sage de Kerdraon, Duc d'Ouessant, notre épouxMon Cher Duc,
Je vous informe que votre pli est parvenu jusqu'à moi et j'en conçois une grande satisfaction n'en doutez point.

Ici le soleil est pâle mais accompagne notre route malgré sa timidité. Après avoir rencontré les autochtones rillettes, c'est le calme paisible de la campagne environnante qui nous charme par sa simplicité.

Je suis bien aise de savoir que les affaires de Breles se portent bien et que mes enfants me réclament. Cependant vous omettez de me parler d'Eachan sans que cela me surprenne outre mesure, quant est-il de lui ?

Niark est un merveilleux compagnon de voyage nous nous amusons grandement et je le découvre sous un tout nouveau jour. Je suis ravie d'être partie et nous parlons même d'allonger notre séjour en terre étrangère. Nous nous dirigeons actuellement vers l'Anjou, bien que je ne sois pas friande de cette contrée du monde, j'avance avec un certain enthousiasme à mesure que je m'éloigne de la Bretagne.

Mais il me faut à présent vous laisser nous arrivons dans un village et il semble y avoir une fête de donnée. Niark aimerait apprendre la gigue et j'avoue que je n'ai pas danser depuis des années.

Vous souhaitant bonne réception de ce pli,

Amicalement,

L.

Fait sur la route de Nantes
Le 15 juin 1459

+ sceau









Se faisant elle signa, apposa son sceau et le remit au goéland qui était revenu. Arrangeant une dernière fois son déguisement, elle quitta l'auberge satisfaite de son écrit.
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MessagePosté le: Sam 16 Juin - 11:18 (2012)    Sujet du message: [Rp] Le cri du Goéland Répondre en citant

Lui aussi déchira le courrier. Et il en jeta les petits bouts au feu qui brûlait dans l'âtre de la cuisine de Kergroadez. Brivaël ne fit aucun commentaire. Ni elle ni personne. Mais tout le château fut au courant dans l'heure qui suivait: ça ne s'arrangeait pas entre le duc et la duchesse.

Il était anéanti. Déçu et triste de ne voir aucun effort récompensé. Il aurait pu lui aussi être froid pour bien montrer que la dispute de la veille de son départ l'avait énervé et qu'il était déçu qu'elle soit partie comme ça. Mais il avait tenu à se montrer jovial et serein dans son courrier pour lui montrer qu'il n'en tenait pas rigueur. Il avait pris soin de dire expressément qu'elle lui manquait et qu'il l'aimait pour bien lui prouver qu'il n'était pas indifférent à son départ, bien au contraire. Qu'il était triste de la savoir loin, inquiet de la savoir sur les routes. Aveuglé était elle devenue assurément. Aveugle, froide et distante.

Puisqu'il en était ainsi, il se ferait l'écho de ce changement. Après tout pourquoi faire des efforts quand aucun n'est même reconnu.

Rageur il prit la plume le lendemain matin, ayant volontairement laissé passé le jour précédant avant de répondre.


Citation:
Mon épouse,

Je suis fort aise de vous savoir dansante en Anjou. N'oubliez pas d'aller saluer l'Archi-duchesse, ça lui fera plaisir certainement vu le nombre d'invitations qu'elle a lancé.

Finalement j'irai à l'abbaye de Dalouas. Et à la grande foire organisée à Lannilis également qui se tient la semaine prochaine sur le port de Paluben. J'y emménerai les enfants et j'y convierai certainement Pelotine et Ladra. C'est le possible fief que je lui destine, ce sera l'occasion de leur faire visiter les lieux. Je les logerai au château de Kerbabu ils y seront bien.

Quant à Eachan je serai bien en peine de parler de quelqu'un que je n'ai pas vu depuis des semaines. Je pensais que vous, sa mère, sauriez sans doute où il se trouve et ce qu'il fait, vu qu'il semblait parti déjà avant même votre départ. Je pensais que vous aviez juste omis de me prévenir de son départ pour telle ou telle cause. Si vous n'avez pas de nouvelles, je chargerai les gardes de mener battue sur mes terres et les vôtres à sa recherche. (faudra d'ailleurs et surtout décider de comment on traite et gère l'éradication du perso: mort ou retour à PNJ).

Pour le reste la vie suit son cours. J'ai été réélu à la mairie de Vannes ce matin. Nous fêterons cela tous ensemble ce soir dans la gueule du renard, fidèle à ma promesse, de tenir l'établissement quoique lorsqu'il n'y aura plus de boisson à absorber, nous nous retournerons vers la municipale.

Prenez soin de vous ma mie, on ne sait jamais ce qu'on croise sur les routes.

Dansez bien surtout.

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MessagePosté le: Mar 26 Juin - 22:17 (2012)    Sujet du message: [Rp] Le cri du Goéland Répondre en citant

[A écouter avec cette sublime musique : http://www.youtube.com/watch?v=PeLuQ6X2ixI&feature=related][/url]

Dix jours s’étaient écoulés depuis la dernière missive qu’elle avait reçue. Après plus rien. Dix jours sans qu’il ne daigne se soucier de son existence. Des rumeurs avaient circulé sur sa mort. Honteuses rumeurs certes, mais qui aurait pu mettre la puce à l’oreille de l’homme qu’elle avait épousé. Il n’avait pas écrit. Ni lui, ni personne d’autre d’ailleurs. Petit à petit elle s’était renfermée dans sa solitude sans entrevoir la moindre issue. Elle croyait sérieusement que ce voyage l’aiderait. Qu’il lui permettrait de vivre aussi pour elle, de se découvrir de nouvelles ambitions, de nouveaux horizons. De se redécouvrir. Elle y parvenait grâce à Niark lorsqu’ils étaient ensemble à arpenter les tavernes, travestis…méconnaissables. Quand elle était Mercoutio tout semblait si facile, si vivant. Mais dès qu’elle retirait ses artifices, la réalité reprenait ses droits. Elle n’était plus qu’une âme en peine, en fuite d’elle-même.

Dix jours s’étaient écoulés sans qu’il n’écrive. Niark s’était fait rare ces derniers temps, la route les avait malheureusement séparée. La laissant donc seule en proie à ses pensées sordides et au vide dans sa poitrine qui semblait vouloir l’aspirer tout entière. L’illusion n’était parfaite que lorsque Niark était là. Elle arrivait à se tromper elle-même, à croire que tout était aussi parfait que cela pouvait l’être. Mais seule il lui était difficile de maintenir pareil semblant. Mercoutio n’existait que parce que Mab était à ses côtés. Lallie n’était que parce que Gs lui tenait la main. Aujourd’hui tout avait chaviré. Pourquoi n’était-elle plus capable de se tenir droite sans l’aide d’un quelconque appuie ? Même dans ses faux-semblants il lui fallait un support sur lequel se reposer pour ne pas sombrer. Mercoutio s’accrochait à Mab comme une moule à son rocher pour ne pas boire la tasse. Le constat était amère, elle était devenue faible, elle la fille libre et sans contrainte, si forte et si insaisissable que s’en était presque indécent. Elle essayait de survivre dans la mer agitée de son esprit et peinait à nager jusqu’au littoral. D’ailleurs elle ne voyait plus la terre depuis longtemps et souvent l’envie de renoncer à lutter contre les vagues monstrueuses, se faisait ressentir. Elle se laisserait volontiers submerger si l’espoir minime d’une issue ne lui rappelait pas qu’il lui fallait vivre.

Dix jours s’étaient donc écoulés sans qu’il ne se manifeste auprès d’elle. Ce soir elle était devant son miroir, assise. La pièce était éclairée par quelques chandelles disposées de ci, de là. Elle avait congédié la servante, désirant être seule. La soirée avait été éprouvante. Elle avait bu, elle s’était aussi livrée. Ses doutes, ses craintes, son mal. Il l’avait écouté dans un silence quasi religieux. Essuyé ses larmes aussi. Il lui avait fournit le réconfort dont elle avait besoin et dont Gs était incapable. Puis il s’était livré lui aussi. Leur situation était à la fois semblable et différente. Ils étaient tout deux laissés là, à l’abandon, et ce soir là, elle avait eu envie de l’embrasser. Pour qu’ils se sentent moins seuls, pour se redonner le courage nécessaire pour se relever une fois encore. Elle ignorait si cette envie était réciproque. Elle ne lui avait pas demandé et elle n’avait pas cherché dans son regard son approbation ou une émotion similaire. Elle avait eu honte de voir naitre une telle envie. Elle avait pourtant imaginé quelques instants que leurs lèvres s frôlent et que tout le mal qui la rongeait disparaissait. Elle avait goûté la chaleur de son étreinte, elle voulait désormais sentir la tiédeur de son souffle au creux de son cou. Et pleurer. Pleurer sans qu’on lui en veuille, sans qu’on l’ignore, sans qu’on lui refuse ce droit. Pleurer et qu’on la serre simplement sans rien dire.

Dix jours s’étaient écoulés sans qu’elle ne lui écrive non plus. Sur les instances de Niark, elle prit sa plume, son encrier et un vélin immaculé. Il lui avait recommandé de lui écrire. Elle avait d’abord refusé. Il l’en avait persuadé et finalement elle s’y attelait. Son esprit étrangement calme cherchait à mettre les mots, les phrases, les idées dans le bon ordre. Par où commencer ? Que dire ? Comme le formuler ? Finalement les mots glissèrent sur vélin, aussi creux qu’elle l’était en cet instant.


 
Citation:



Gs,

Une semaine déjà que je suis à Laval, un peu coupée de tout. Les mainois ne sont pas ce que l’on peut aller des plus accueillants. Ils nous demandent déjà de repartir. Niark va s’absenter quelques temps. Je ne sais pas ce que je vais faire quant à moi. J’hésite à aller me promener en l’attendant, mais c’est un peu terrifiant d’aller dans une ville inconnue toute seule. Je n’ai plus l’audace de mes 12 ans.

Je ne sais pas quand je rentre.

Un baiser aux enfants,

L.




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MessagePosté le: Ven 29 Juin - 21:30 (2012)    Sujet du message: [Rp] Le cri du Goéland Répondre en citant

Dix jours s'étaient écoulés sans aucun échange. La dernière lettre reçue l'avait refroidi, déçu, mis en colère. Sa propre réponse avait à peine suffi à l'apaiser. Petite vengeance façon loi du Talion. Petit, minable et sans intérêt. Il s'était depuis interdit de prendre un parchemin ete une plume. Et il avait tenu bon. Il n'avait pas l'intention d'échanger des platitudes froides comme s'il écrivait ou lisait une demande officielle de LP déposée auprès d'un prévôt trop distant et surtout trop poli pour être vraiment sincère. Elle se forçait très clairement à écrire, alors il n'insisterait pas.

Dix jours s'étaient écoulés sans aucun échange. Mais il n'avait eu de cesse de faire des allers et retours, le plus discret possible, vers le colombier comme pour inciter le Goëland à revenir se poser. Il tentait d'échapper à la vigilance d'Alex, de Brivaël, d'Omar et même des enfants sans succès. Naïf il pensait malgré tout que son manège incessant passait inaperçu. Ce n'était bien entendu pas le cas.

Dix jours s'étaient écoulés sans aucun échange. Il lui en voulait à mort. Et dans le même temps elle lui manquait à mort. Il voulait la secouer et des fois la frapper pour la punir. Et dans le même temps il voulait l'étreindre à lui en briser les os et l'embrasser à l'en étouffer pour l'accueillir. Il voulait lui dire combien il était en colère. Et dans le même temps lui crier tout son amour.

Dix jours s'étaient écoulés sans aucun échange. On lui avait conseillé de prendre maitresse. On lui avait conseillé de prendre attache directement avec Niark. On lui avait conseillé de partir la retrouver. Chaque idée était pesée, sous-pesée, analysée, décortiquée, envisagée ou rejetée. Toutes furent rejetées en fait.

Dix jours s'étaient donc écoulées et mal comme jamais, meurtri, terrassé, angoissé, attristé, perdu, il n'attendait plus. Il n'attendait plus quand le volatile revint se poser dans le bois du colombier... Alex n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il se passait que le Duc le bousculait, traversant le château et les jardins en trombe en direction du bois.

Fut-ce le "un baiser aux enfants" qui lui mit la puce à l'oreille? Le ton moins froid? La longueur excessivement courte du message? L'absence de vouvoiement? Un peu tout en même temps, mais il connaissait trop bien son épouse et comprit que quelque chose ne tournait pas rond. Il en resta longtemps dubitatif, sans savoir quoi faire. Sa raison et sa crainte d'avoir mal compris le disputait à son inquiétude et son angoisse naissantes. Il en fut ainsi tout au long de l'après midi, de la soirée et de la nuit. Nuit agitée où il ne trouva pas le sommeil, somnolant à peine et se retournant sans arrêt dans le grand lit conjugal vide et froid.

Finalement il renoua le contact. Même pas une vraie lettre, juste un mot tout simple pour parler des affaires du clan et d'une éventuelle mobilisation du Tiad. Elle répondit tout aussi laconiquement par une question directe "est ce que je rentre?". Quelques mots plus loins échangés par un goëland épuisé, une dispute. Et de cette dispute une information capitale sur sa situation. Séparée de Niark... blessée... seule en France...

Maudit fut son filleul, il s'occuperait de lui le moment venu. Le plus urgent était son épouse, son aimée, son amour, son double, son ombre, son coeur, son oxygène. Plus jamais elle ne partirait sans lui. Plus jamais il n'accepterait d'être séparé d'elle comme cela. Il avait accepté à contre coeur, pensant que c'était la solution tant pour lui que pour elle, que puisqu'elle semblait le vouloir ce voyage, le lui accorder était une bonne idée... Que nenni! Il n'avait même pas mis les pieds à Strasbourg finalement. (mais ça chut hein, tout le monde a oublié le truc^^)

Les ordres fusèrent et les consignes furent claires. De Bauer lui même comprit immédiatement que l'heure n'était pas à la plaisanterie et que le Duc n'aurait aucune patience pour discutailler. Puis, quand le calme fut revenu, il prit la plume et écrivit longuement à son épouse, pour lui dire ce qu'il ressentait profondément, ce qu'il gardait en lui depuis maintenant trop longtemps. Et il conclut ce long message par un "je suis désolé... je t"aime"....

La réponse ne tarda pas, simple, courte, efficace. Je t'aime aussi... Trois longues pages d'écriture ne l'auraient pas autant bouleversées que ces trois mots. Puis les échanges se poursuivent, jusqu'à ce soir où on reprend le fil du temps qui a passé pour se raccrocher au présent. Trop fort!


Citation:
Mon ange,

Tu n'aurais pas dû bouger toute seule. Surtout entre Laval et Fougères. De Bauer est à Rennes selon le courrier qu'il m'a envoyé. Il sera à Fougères demain pour te récupérer et te ramener. Et je veillerai personnellement à ce que ni môman, ni les enfants ne te dérangent une fois rentrée. Brivaël s'est occupé de tout préparer pour ton retour, tu seras bien accueillie.

Sinon, pour faire passer le temps, j'ai une anecdote à te raconter et qui va te faire rire... Parait qu'Izéa ne me déteste pas dis donc. Elle me l'a dit comme ça de but en blanc "je ne vous déteste pas grand sage. C'est faut de penser cela". Je me suis retenu de rire et j'ai juste répondu: "j'en prend bonne note". Drôle non?

Tu me manques ma Lallie. J'ai hâte que tu rentres... Tiens le coup il n'y en a plus pour long.

Je t'aime

GS


PS: je n'étais pas seul en taverne quand izéa est passée et m'a parlé. Et elle a quitté la ville dans la foulée, elle ne faisait que passer! Je tenais à préciser tout de suite!^^

PS2: tu es la plus belle chose qui me soit arrivée dans la vie.

GS

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MessagePosté le: Sam 30 Juin - 13:50 (2012)    Sujet du message: [Rp] Le cri du Goéland Répondre en citant

Le lendemain, une nouvelle missive fut envoyée, dans la joie et la satisfaction.

Citation:
Mon amour,

J'espère que De Bauer t'a trouvé.

Nous sommes samedi matin. Et je t'annonce que comme convenu, la Gueule du renard a repris la tête du classement des tavernes de la ville. Elle n'attend plus que toi pour remplir les fûts et boire à ton retour.

Je t'aime

GS

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 02:22 (2017)    Sujet du message: [Rp] Le cri du Goéland

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